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Je vous transmets intégralement ci-dessous le magnifique éloge prononcé par son fils Nicolas :

 

Renaud

Renaud Etienne Jean Guibert de Bruet

5 juin 1942 - 29 septembre 2021

 

Prononcé le samedi, 2 octobre 2021, lors de son inhumation au Bethlehem Cemetery à Ann Arbor, Michigan,

par Nicolas Guibert de Bruet

 

Il y a environ 60 ans, un jeune homme de Libourne, petite ville du Sud-Ouest de la France, décida de quitter le nid familial. Il fut satisfait de sa décision, il avait des ailes qui le soutiendraient sur un grand parcours à travers l’espace et le temps. Il ignorait à l’époque, que sa voilure lui permettrait d’atteindre des sommets incroyables à l’âge adulte. Mon père, Renaud Etienne Jean Guibert de Bruet, débuta ainsi une aventure de découverte des connaissances. Toujours en plein essor, il est devenu un homme autodidacte accompli, bien équipé pour naviguer dans le labyrinthe de la vie. J’ai eu la chance d’être son « co-pilote » pendant quelques étapes de son voyage sinueux. Laissez-moi vous régaler avec mes impressions de ce que c’était que d’évoluer auprès de lui. Non, ne vous inquiétez pas, je ne vous lirai pas les procédures de sortie de secours, ni ne vous demanderai de fixer vos ceintures de sécurité. Je saluerai chacun d’entre vous individuellement à bord. En effet, s’il vous plaît, montez à bord et visitez avec moi.

Mon père possédait une touche personnelle désarmante dans les situations interpersonnelles ou sociales, il était toujours bien organisé et son succès le transforma en un caméléon énigmatique.

Sa personnalité englobait une faculté d’adaptation à ses différents interlocuteurs, un sens de l’humour marqué, une mentalité de puriste et un respect de l’héritage. Il savait parler indifféremment aux présidents ou aux paysans. Il y avait toujours une histoire excentrique ou une blague drôle qu’il puisait, dans ses larges connaissances alimentées par son goût marqué de la lecture. Croyez-moi, c’est vrai : pour le prouver, sa maison regorge de livres sur tous les sujets possibles. Raconter des histoires à un étranger ou à un ami était un moyen que l’orateur grec Démosthène utilisait comme un aimant avec les gens, qui ne sont généralement pas familiers de la concentration ou de la capacité d’attention, pour des informations livrées à vif. L’un de mes premiers souvenirs l’amena à raconter une blague amusante à un juge paraguayen que nous avions rencontré lors d’une réception. Le juge trouva cela si drôle qu’il nous invita à la chasse à « la plume » dans la région éloignée, et largement inaccessible, du Chaco du pays de ce fonctionnaire. Quelle aventure inoubliable ! Un des aspects attachant de mon père était qu’il donnait l’impression que sa mentalité de puriste livrerait toute l’histoire pour ainsi dire, lors d’une simple conversation. Il ne lésinait pas sur les détails importants, laissant de côté l’inutile, comme si son auditeur était l’un des nombreux souverains qu’il eut l’occasion de conseiller en tant que diplomate. Son respect pour l’héritage se manifestait de différentes façons : l’héritage de sa famille, son leg aux siens et un sens de l’histoire. Il nous transmit le devoir de continuer l’histoire presque millénaire de notre famille, de guider les gens de manière responsable par l’exemple et le sens des valeurs. Dans le but de comprendre ce qu’il voulait dire, j’avais effectué mes propres recherches et les avais partagées avec lui. Sa réaction à l’histoire de Jacques de Bruet m’apprit que l’héritage ne comptait en effet que par l’exemple. Jacques était le seigneur d’une cité huguenote de Gascogne, qui en 1621 choisit de protéger son peuple contre l’assaut du roi Louis XIII, venu à la tête d’une armée de 60 000 hommes. Le peuple voulut mourir pour sa terre et resta fidèle à sa religion, de la même manière que les habitants de Marmande qui furent tous massacrés quatre siècles auparavant par l’armée du dauphin qui devint le roi Louis VIII, lors de la croisade des Albigeois. Au lieu de cela, Jacques choisit de sauver la vie de tous, en effectuant un choix difficile : il renia la religion huguenote et rendit les clefs de la ville, à la grande fureur des siens, sous prétexte que «nous sommes d’abord Français». Louis XIII protégea Jacques pour ses choix scrupuleux et les rois successifs récompensèrent notre famille pendant plusieurs siècles. Mon père appréciait le sens de l’héritage affiché dans cette histoire. La transmission de cet épisode est en quelque sorte l’héritage reçu de mon père, comme en témoigne ma propre soif pour l’histoire.

Mon père était organisé, et cela eut un impact sur ma vie. Il se lança comme archiviste et spécialiste des communications dans le corps diplomatique. Cette compétence ne l’a jamais quittée. Il avait toujours eu une méthode méticuleuse pour gérer l’information, les documents, les projets et les plans. Il prétendait qu’il n’était pas particulièrement doué, ce que je n’ai jamais admis. Je lui demandais comment-il avait réussi à battre tous ses collègues aux concours d’État. Il expliqua que son système de gestion des notes lui permettait de recenser et de se souvenir des informations. Cette même méthode lui permit d’éviter la « page blanche » . Seuls les cinq premiers candidats furent admis, et il était l’un d’entre eux. Il expliqua que les autres candidats admis furent tous brillants, et l’un d’entre eux exprima son étonnement que mon père ne figura pas sur la liste des collés. Il venait de surpasser tous les autres. C’était vrai dans de nombreux autres domaines. Il m’a appris à construire des choses avec un esprit de gestion de projet qui utilisait une organisation disciplinée et une planification minutieuse. Je suis devenu ingénieur et avocat, et mes nombreux dossiers sont toujours très bien classés.

Pour beaucoup de ceux qui connaissaient mon père, il était un peu un caméléon. Selon la façon dont ils le connaissaient, ils se faisaient souvent de fausses idées sur sa profession. Ma mère Nellie, Page 3 de 4 l’amour de sa vie, ne fut pas l’exception, quand elle fit sa connaissance lors du premier séjour de mon père aux États-Unis. Il vint aux États-Unis en tant que vice-consul de France à Détroit. Une dame française locale décida d’organiser un dîner en l’honneur de mon père et elle invita une dame francophile locale (puisque mon père était célibataire et que le protocole exigeait un nombre pair de personnes), ainsi qu’un photographe et d’autres notables locaux. Cette dame francophile était ma mère. Eh bien, elle sympathisa avec le photographe – du moins c’est ce qu’elle pensa. La conversation fut engageante, drôle et colorée. Il s’avéra qu’il était en fait le vice-consul. Le vrai photographe fut en fait assez taciturne. Le faux photographe finit également par être un meilleur photographe et un passionné de photographie bona fide, avec son propre laboratoire de développement. Il promit de l’emmener aux quatre coins du monde, où ils auraient la possibilité de photographier de nombreux sites étonnants, et il a largement tenu cette promesse. Dans le même ordre d’idées, de nombreux membres des sections locales de l’Association de l’aviation expérimentale (EAA) sont venus me voir hier et m’ont parlé de son projet de construction d’EAA, un avion biplace Sonnex Waiex à partir de zéro. Ce n’était pas la première fois que les gens me disaient qu’ils étaient étonnés de voir qu’il maîtrisait tant d’autres disciplines, à leur insu : «Je pensais que votre père était ingénieur en mécanique de métier. Sa planification, son innovation et sa finition sur son avion sont sublimes !» Non, il avait été diplomate. C’est ce qu’il était.

Permettez-moi de céder au plaisir filial d’énumérer ses exploits dans la profession qu’il avait choisi. Comme indiqué auparavant, il avait été archiviste et spécialiste des communications. Il fut en poste à Manille, aux Philippines, de 1963 à 1969. Il quitta la France pour cette première mission avec simplement quelques dictionnaires dans ses bagages. Puis il gravit rapidement les échelons. Ajoutons que, arrivé à destination, il obtint également une licence de pilote et pilota un Piper J-3 Cub partout dans les îles. Toujours en vol. Il se rendit ensuite à Jérusalem de 1969 à 1972. Lauréat d’un concours d’État, il fut nommé à Detroit en tant que vice-consul de 1972 à 1975, puis comme vice-consul et troisième secrétaire d’Ambassade à Khartoum, au Soudan, de 1976 à 1978. De 1978 à 1979, il fut deuxième secrétaire d’Ambassade à Quito, en Équateur. De 1980 à 1983, il fut premier secrétaire à l’Ambassade à Asuncion, au Paraguay. De 1983 à 1987, il fut appelé par l’Administration centrale à Paris. Il fut nommé consul à Baden-Baden, en Allemagne de l’Ouest, de 1987 à 1989, puis premier secrétaire au Conseil de l’Europe à Strasbourg, en France, de 1989 à 1991. Il retourna en Terre Sainte avec sa famille en tant que premier secrétaire d’Ambassade à Tel-Aviv. Il fut promu premier conseiller et attaché à la coopération culturelle, scientifique et technique à Lusaka, en Zambie. Il fut « chargé d’affaires » et premier conseiller au Yémen de 1997 à 2000, date à laquelle il prit sa retraite. Voici ce que furent ses fonctions officielles, mais il a fait de nombreuses escapades et missions tout au long de cette carrière historique. Par exemple, il se porta volontaire en tant que négociateur d’otages, libérant les fonctionnaires et les touristes de nombreux pays occidentaux des griffes de miliciens voyous, souvent au péril de sa propre sécurité personnelle.

La diplomatie a été parfaite pour lui. Cela nécessitait une telle panoplie de compétences qu’il fut capable de pratiquer son métier tout en utilisant cette soif de connaissances, son sens du service (en particulier aux enfants) et son contact avec les gens. Il dit à plusieurs reprises que la diplomatie était l’art de dire à quelqu’un d’aller en enfer et de lui faire vouloir volontiers et volontairement y aller comme destination de choix. Les cheiks yéménites locaux ne furent pas l’exception. Ils avaient aimé l’inviter dans leur «mafrage»( salon spécial sur le toit de leurs maisons fortifiées accrochées à des falaises), pour négocier avec lui. Il était reconnu comme une personne bien informée et serviable, ou selon le sobriquet «doctour» (médecin ou homme d’érudition). Ses vastes connaissances étaient utiles, didactiques et jamais menaçantes. Cela le rendait éminemment ouvert à leur culture : l’échange était rarement unilatéral. Ils comprirent son besoin de découvrir leur façon de vivre et leurs traditions. Leur perspicacité fut précieuse. Ils s’étaient fait sentir comme importants auprès de lui. Il nous avait tous fait sentir comme des personnes importantes. Et il leur dit quelquefois de franchir, au sens figuré, la sortie de secours au-delà de la carlingue pour voir s’ils pouvaient voler sans parachute, ne laissant jamais loin derrière les références aéronautiques, même en diplomatie. Surtout, ils le firent volontiers !

Hélas ! La cire qui maintenait les ailes de notre Icare a maintenant fondu et nous avons perdu notre père. Ne vous inquiétez pas ! Je suis convaincu qu’il construira encore une autre paire d’ailes, en prenant soin de concevoir une protection solaire sérieuse cette fois-ci. Il sera libre comme un oiseau de parcourir le ciel pour l’éternité. Bien que je n’aie plus la joie d’être son co-pilote, statu quo qui j’espère durera pendant longtemps, je suis sûr que certains de nos autres chers disparus sauteront sur l’occasion de partir pour une balade aussi exaltante.

Renaud Nicolas Quentin

Renaud Guibert de Bruet (à droite), Quentin Guibert de Bruet (au centre) et Nicolas Guibert de Bruet (à gauche) au Keeneland Race Course (hippodrome) à Lexington, Kentucky le 18 mai 2005.